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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 00:00

EL FINAL DE ESTE ESTADO DE COSAS, REDUX

(LA FIN DE CET ÉTAT DE CHOSES, REDUX)

Danse-musique

 

Chorégraphie Israel Galván

Séville

 

Galván monte sur une simple plateforme de bois noir, dont une extrémité s’ouvre en deux sous son poids. Il danse, et ses pas déclenchent un véritable tremblement de terre, des éclats d’une puissance incroyable. En quelques mouvements, les plus simples semble-t-il, il nous transporte et nous méduse tout à la fois. Chevalier de l’Apocalypse, juché sur un radeau à la gueule hurlante, il impose d’emblée sa présence sombre, extrême, terrible. Dans El final de este estado de cosas, redux, entouré d’une dizaine de musiciens et chanteurs passant du flamenco le plus pur au rock le plus enfiévré, il interprète la messe inversée de l’Apocalypse, une messe noire avec sa liturgie pétrie de la violence du monde. Son corps lit le texte de Jean, chaque pas de son flamenco libéré correspondant à une interprétation d’un verset, d’une phrase, de ce grand texte malade de la destruction à venir. « La grande Babylone est tombée/et est devenue la chambre des démons/et l’abri de tout esprit immonde/et l’asile de tous les oiseaux sales et détestables. » Aux confins de la tradition et de l’innovation, porté ou empêché par la musique et les chants, Israel Galván engage le combat, s’épuise peu à peu dans ce rituel de mort, pour mieux renaître, poussé par l’énergie du dernier souffle, jusqu’à finir par danser sur, puis dans les cercueils en un final époustouflant. L’autre intuition et grandeur de ce spectacle consiste, pour le sévillan, à avoir sans cesse croisé la lecture incarnée de ce texte ancien avec sa propre vie, à l’avoir plongé dans le monde d’aujourd’hui, là où le récit de Jean résonne d’une étrange actualité. À Beyrouth, sous les bombes de la guerre de 2006, point de départ de cette vision chorégraphiée ; aux croisements de ses rencontres avec sa famille, ses amis et ses élèves ; au gré des inspirations diverses d’un homme curieux de tout, de la tarentelle au butô. Jusqu’au cinéma de Coppola, lui aussi apocalyptique, auquel Israel Galván fait un clin d’œil. ADB

 


 

 

Le Danseur des solitudes, c’est ainsi que Georges Didi-Huberman définit Israel Galván dans le livre qu’il lui consacre. Le pluriel est important, car si le bailor danse seul, il danse pour beaucoup de monde. D’abord pour sa mère, Eugenia de Los Reyes, gitane dont il admire la gestuelle très personnelle. Ensuite pour son père, José Galván, danseur de légende, dont l’enseignement a fait école à Séville et ailleurs. Dès l’enfance, leur fils s’est construit sur deux socles, l’expressivité métisse et le souci de la perfection technique. Mais Israel Galván danse également pour tous les publics du flamenco à travers le monde. Flamenco, le mot est lancé : Israel Galván ne danse pas le flamenco, il le réinvente. À sa manière, entre tradition et modernité, de profil, pouce relevé, dans une fascinante combinaison de cambrures étranges et d’éclats redoutables. À trente-cinq ans, la violence de sa danse impressionne, ses silences soudains et ses pauses intempestives confondent, son rythme musical embrase les cœurs. Les salles se consument, se tendent, se suspendent, attendent, tétanisées, en retenant leur souffle. Pour lui, le flamenco est un langage du corps qui doit servir à prendre des risques. Au diable le piège du folklore, il peut danser Kafka et sa Métamorphose, Stanley Kubrick et son Odyssée, Jean de Patmos et son Apocalypse, puisant dans tous les registres, du classique au butô, du contemporain à l’énergie rock. Artiste, poète et philosophe andalou, Pedro G. Romero, qui cosigne les spectacles d’Israel Galván, a écrit de lui : « Personne ne doute qu’il est le danseur des danseurs, le danseur des chanteurs et que, sans lui, le flamenco serait différent. » ADB

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Published by Virginia Pozo - dans Les grands danseurs
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Virginia Pozo

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  • : Bercée depuis ma plus tendre enfance par le Flamenco, je l'enseigne depuis plus de vingt ans. Le flamenco est un héritage profondément ancré en moi, ma culture. Mon souhait à travers ce blog est de le promouvoir comme je le vis et le transmets lors de mes spectacles ou auprès de mes élèves, sans le dénaturer, lui garder son essence originelle.
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