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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 17:22
Voici ce qu'en dit (entre autre) Frederico Garcia Lorca, lors d'une conférence donnée à Grenade le 19 février 1922

"Il est profond, vraiment profond, plus que tous les puits et que toutes les mers qui entourent le monde, beaucoup plus profond que le coeur même qui le crée et que la voix qui le chante, car il est presque infini. Il vient des races lointaines, par delà le cimetière des années et les feuillages des vents flétris.
Il vient de la première larme et du premier baiser". 
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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 09:08

Carmen

Prosper Mérimée (1803-1870)

(extrait)

 

Je fus mis en faction à la porte du colonel. C’était un jeune homme riche, bon enfant, qui aimait à s’amuser. Tous les jeunes officiers étaient chez lui, et force de bourgeois, des femmes aussi, des actrices, à ce qu’on disait. Pour moi, il me semblait que toute la ville s’était donné rendez-vous à sa porte pour me regarder. Voilà qu’arrive la voiture du colonel avec son valet de chambre sur le siège. Qu’est-ce que je vois descendre ? … la gitanilla. Elle était parée comme une châsse, pomponnée, attifée, tout or et tout rubans. Une robe à paillettes, des souliers bleus à paillettes  aussi, des fleurs et des galons partout. Elle avait un tambour de Basque à la main. Avec elle il y avait deux autres bohémiennes, une jeune et une vieille. Il y a toujours une vieille pour les mener ; puis un vieux avec une guitare, bohémien aussi, pour jouer et les faire danser. Vous savez qu’on s’amuse souvent à faire venir des bohémiennes dans les sociétés, afin de leur faire danser la romalis, c’est leur danse, et souvent bien autre chose.

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 08:59

Moi, je veux voir ici les hommes à la voix dure,

ceux qui domptent les chevaux et dominent les fleuves,

ces hommes au squelette sonore, qui chantent

la bouche pleine de soleil et de silex.

 
Qu'ils m'apprennent un chant triste comme un fleuve,

avec de douces brumes et des rives profondes,

 

 

Yo quiero ver aquí los hombres de voz dura.

Los que doman caballos y dominan los ríos:

los hombres que les suena el esqueleto y cantan

con una boca llena de sol y pedernales.

 

Yo quiero que me enseñen un llanto como un río

que tenga dulces nieblas y profundas orillas…

 

 

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 21:20
Au cours d'une étrange nuit de mai 1963 (?) Michel del Castillo se trouve soudain confronté à lui-même, à sa vérité intime.

C'était une de ces auberges campagnardes comme on en trouvait encore dans l'Andalousie, à peu près inchangée depuis l'époque de Cervantès.(...) Un décor qui évoquait celui du deuxième acte de Carmen, sauf qu'il y régnait un silence traversé de rires, de chuchotements. De quoi nous devisions, mon ami sévillan et moi ? Je serais bien incapable de me le rappeler. De tout et de rien, probablement : de ragots sévillans, de la vie en France, de Dieu et du diable. Nous parlions pour parler, comme on aime tant le faire en Andalousie. Il faisait une tiède nuit de Printemps, nous avions bu assez pour nous sentir heureux d'être ensemble. Quelques ampoules anémiques diffusaient, dans la vaste salle où traînaient une vingtaine de clients attardés, une lumière avaricieuse, jaunâtre, qui refoulait les ombres. Dans la cour, un chien aboyait.

L'aube approchait, la nuit était tendue, usée. nous somnolions, mon ami sévillan et moi, debout devant le comptoir, quand soudain, un accord de guitare résonna. machinalement, nous tournâmes la tête. Je reconnu l'un des guitaristes du
tablado auquel j'assistais depuis une semaine, un gitan entre deux âges, court et gras, le cheveu noir et huileux, avec un profil accusé. Il se tenait seul, au fond de la salle, penché sur son instrument. Il ne semblait voir personne. Ses rasgeos pouvaient passer pour des improvisations destinées à éprouver sa guitare. Pourtant, nous le regardions, sans réussir à détacher nos yeux de sa silhouette massive. L'impression que ces accords, ces arpèges, ces rasgeos rageurs produisaient sur nous tous, je ne saurais l'analyser. Encore une fois, le gros gitan ne jouait pas, il n'improvisait pas, non plus, et ce qui nous tenait figés, tournés vers lui, c'était seulement le toque, la justesse du toucher, la précision du 
compás, ce tempo intérieur, comme les battements du sang contre les tempes.
 
"es un tocator de cepa" , murmura soudain l'aubergiste, qui n'avait pas prononcé un mot depuis des heures, debout derrière son comptoir, homme long et sec, tout en os.
"un joueur de race", oui : c'était aussi ce que nous éprouvions sans l'exprimer. 
Le gitan nous entendait-il? On eût dit que non. Il ne s'arrêtait de jouer que pour avaler une gorgée de vin, s'abaissant aussitôt vers son instrument, le front parfois creusé d'une ride profonde. Il donnait l'impression de chercher quelque chose, de vouloir résoudre une question très ardue. Absorbé dans son équation, il paraissait retranché du monde.
Alors, le rythme, par soleares (le mot dérive-t-il de soledad, solitude, ou de solera, sol, campagne, les spécialistes en discutent encore) se dessina nettement, disparu, revint, métamorphosé, à peine reconnaissable.

Et le cri jaillit brusquement, formidable, d'une incroyable raucité, avec une violence qui nous paralysa. Nous ne distinguions pas celle ou celui qui l'avait jeté, homme ou femme, car la voix, si elle s'arrachait de l'arrière-gorge dans un spasme d'épouvante, - A-a-ay ! - , n'en conservait pas moins quelque chose de frais, de lumineux. La guitare maintenant la portait, la soutenait, lui répondait, l'incitait à "tout" dire ans le délai inexorable. Le chant s'étalait, s'élargissait, se répandait dans toute la salle, rejoignait la nuit qui pâlissait déjà, filait vers le Guadalquivir, grimpait les pentes rocheuses de sierras, emplissait toute l'Andalousie de  sa déchirante clameur. (...) le duende avait surgi. Nous aurions pu le regarder, le palper. Il se cachait dans l'étoffe rugueuse de ce chant aigre comme un vin nouveau, dans les grosses mains du gitan. Il produisait, dans l'atmosphère de cette venta, ces étincelles qui nous électrisaient.

Le gras gitan l'avait sollicité, convoqué, amené à comparaître devant nous. Et le duende, à son tour, avait trouvé la voix.
D'autres chants suivirent, d'une nudité et d'une désespérance insoutenables. Une fête sauvage se déchaînait, non pas un de ces jaleos où les gitans savent si bien noyer le poisson, mais dans la frénétique accélération du compás, dans l'abîme des siècles : seguiriyas, martinetes, tientos, polos, ...

Nous nous réveillâmes soudain, épuisés, anéantis. Nous revenions d'une descente aux enfers, nous titubions en retrouvant la dure lumière du jour, nous balancions entre songe et réalité. Le gitan, d'un air triste, rangeait son instrument sans même répondre à nos applaudissements. Il n'avait pas joué pour nous, ni pour lui sans doute. Il avait joué pour conjurer sa fatigue de vivre, pour dissiper sa mélancolie, ou pour distraire d'un ennui. Qu'importe les motifs ?


      
Nos Andalousies,
Editions Berger-Levrault, 1985       
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Virginia Pozo

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  • : Bercée depuis ma plus tendre enfance par le Flamenco, je l'enseigne depuis plus de vingt ans. Le flamenco est un héritage profondément ancré en moi, ma culture. Mon souhait à travers ce blog est de le promouvoir comme je le vis et le transmets lors de mes spectacles ou auprès de mes élèves, sans le dénaturer, lui garder son essence originelle.
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